Mémé de Philippe Torreton

Ce livre est une évocation de la grand-mère de l’auteur, une déclaration à cette femme qui veillait sur son petit-fils (et inversement). Philippe Torreton raconte les petits bonheurs de la vie quotidienne à la campagne (avec un beau passage sur la pluie), le bon sens que la pauvreté confère aux gens, l’oisiveté qui n’existe pas, jamais. Il est question de respect de la nature, de consommation raisonnée qui faisait de mémé une locavore avant l’heure, bien avant les bobos ! Chez mémé rien n’était gâché, tout pouvait être recyclé. Cette femme avait une immense foi en l’autre, et si elle était avare de mots elle était en revanche généreuse en preuves d’amour. L’auteur compare la vie de mémé à un combat et son décès à la fin d’un monde.

Mémé est un véritable condensé de tendresse, un raviveur de souvenirs. Je m’y suis plongée avec un plaisir immense. L’évocation proposée par l’auteur a quelque chose d’universel, de profondément touchant sans être triste, même quand le thème de la mort est abordé. J’ai reconnu ma propre grand-mère dans cet hommage et ça m’a fait du bien de la retrouver au travers des mots de quelqu’un d’autre. Cette lecture a été un enchantement, une parenthèse rêvée dans mon quotidien. Je vous recommande mille fois cette pépite.

Ce que dit la 4è de couverture : « Mémé, c’est ma mémé, même si ça ne se dit plus. Mémé me manque. Ses silences, ses mots simples au Scrabble, sa maison enfouie sous les pommiers et son buffet d’avant-guerre. Ce texte est subjectif, partial, amoureux, ce n’est pas une enquête, ce n’est pas une biographie, c’est ce que j’ai vu, compris ou pas, ce que j’ai perdu et voulu retenir, une dernière fois. Mémé, c’est mon regard de gamin qui ne veut pas passer à autre chose. »

Ma (petite) revue ciné de novembre

Ca faisait un moment depuis ma dernière séance ciné, j’avais hâte de retourner dans les salles obscures !

J’ai vu M de Sara Forestier dont j’avais aimé la bande-annonce et dont j’avais pas mal entendu parler dans les médias. Ce film est l’histoire d’un coup de foudre entre un beau jeune homme qui veut se montrer dur et sûr de lui malgré son analphabétisme qu’il cache au mieux et Lila qui souffre de bégaiement et de timidité maladive. M est fan de courses de voitures clandestines, elle adore la poésie. Le pitch du film est pas mal, non ? Oui. Mais, parce qu’il y a un mais il n’est pas à la hauteur du synopsis. Il est bancal par moments, il manque de tendresse et de justesse, sauf peut-être dans les séquences où la petite soeur de Lola est à l’écran (cette petite est magnifique avec ses grands yeux et ses beaux cheveux). Bref, je n’ai pas accroché, je n’ai pas été touchée. Et je suis déçue d’avoir été déçue par ce film qui évoque la langue française que j’aime tant…

Et puis j’ai vu Maryline de Guillaume Gallienne. C’est l’histoire d’une provinciale qui monte à Paris pour devenir comédienne. Elle est confrontée à tout ce que le milieu artistique peut présenter de pièges, de rencontres déstabilisantes, de déceptions, etc… Là aussi, sur le papier, le film promettait de passer un bon moment et là aussi, décidément, j’ai été déçue. La mise en scène qui oscille entre le cinéma et le théâtre m’a déplu, l’héroïne ne m’a pas touchée, l’ambiance générale du film m’a ennuyée. Bref, j’ai trouvé ce film sans intérêt et forcément beaucoup trop long…

Mauvaise pioche pour moi en novembre. Mais vous, vous avez peut-être vu des films sympas. Dites-moi lesquels !

Du raffinement, du ravissement

J’ai vu l’exposition Christian Dior, couturier du rêve en… septembre. Il était temps que j’en parle sur mon blog !

Une sélection de plus de 300 robes retrace les 70 ans de création de la maison Dior. Elle est accompagnée de photos de mode, de croquis, de lettres, de toiles et d’accessoires tels que sacs, bijoux, chapeaux, etc… qui témoignent du lien que Christian Dior a tissé entre la couture et les autres formes d’art.

Avant d’aller admirer toutes ces merveilles je ne connaissais pas bien l’univers du couturier (je suis plus branchée Jean-Paul Gaultier moi !) mais j’avais l’assurance d’écarquiller les yeux puisque c’est un ami qui m’avait conseillé cette expo et quand un mâle se lance dans ce genre de conseil on peut s’y fier !

On se rend compte au fil des modèles exposés que le jardin (Christian Dior était passionné par la botanique), l’art (Christian Dior a été galeriste avant d’être couturier), l’exotisme et la couleur ont été les sources d’inspiration les plus fortes du couturier. La féminité sublimée par les créations est toujours forte, engagée et élégante.

Et puis on mesure l’influence du fondateur de la maison sur la création de ses successeurs qui ont adopté les mêmes codes phares pour leurs modèles, et ce à toutes les époques, d’Yves Saint Laurent à John Galliano, en passant par de Gianfranco Ferré et bien d’autres encore.

J’ai aimé la mise en scène des modèles, assez classique par moment et plus moderne juste après. J’ai été impressionnée par la magnifique retranscription de la délicatesse des fleurs. J’ai aussi apprécié l’atelier de maroquinerie où officie une femme passionnée par son métier.

Cette exposition est un véritable concentré de savoir-faire, de féminité, d’élégance et de simplicité finalement. Elle prouve que la maîtrise d’un art se mesure à l’évidence que portent les réalisations et je dois dire que chez Dior chaque création s’impose d’elle-même, naturellement.

Ma (petite) revue ciné de septembre (avec un peu de retard)

Septembre est passé à la vitesse de l’éclair mais j’ai tout de même trouvé le temps d’aller au cinéma (le mois dernier… eh oui, déjà).

J’ai vu Le prix de succès de Teddy Lussi-Modeste. C’est l’histoire de Brahim, un humoriste en pleine ascension qui a rencontré le succès avec l’aide de son frère qui lui a servi d’impresario, de chauffeur, de garde du corps, de manager. Mais si Brahim veut donner une nouvelle dimension à sa carrière il doit s’éloigner de ce frère trop souvent incontrôlable et travailler avec un « vrai » agent. Mourad, le grand frère, n’accepte pas ce virage et s’en prend à la compagne de Brahim, à Brahim lui-même et conforte son image d’homme qui ne sait pas dialoguer, si ce n’est avec les poings… Et puis Brahim doit mettre à distance sa famille qui empiète trop sur son évolution personnelle et professionnelle. Le film aborde les inconvénients de la notoriété, l’intégration des enfants d’immigrés, le poids de la famille et oppose l’humour de la scène à la tragédie familiale qui se joue en coulisse. Il fait aussi le portrait de personnalités complexes et complexées par leur milieu social. J’ai aimé ce film mais ça n’est pas le chef d’oeuvre de l’année. Il faut dire que j’en attendais beaucoup, voire trop, premier rôle tenu par Tahar Rahim oblige !

Et puis j’ai vu Les proies de Sofia Coppola. C’est une histoire de femmes dont l’intrigue se situe pendant la guerre de Sécession. Une petite communauté de femmes vit dans un internat de jeunes filles et recueille un soldat blessé (et du camp adverse), lui offrant un toit et lui prodiguant des soins. La présence d’un homme dans cet univers féminin crée des tensions et des rivalités qui vont finalement mener à l’irréparable. J’ai adoré ce film à l’ambiance faussement angélique où les tabous et la bonne éducation volent en éclats et où le machiavélisme règne. Les jeux de pouvoir sont très bien retranscrits et au fil du temps on se rend compte que les proies ne sont pas forcément celles qu’on croit. Un très bon film, assurément !

Entre Seine et Vltava d’Anne Delaflotte Mehdevi et Lenka Hornakova Civade

Ce livre regroupe des lettres, des cartes postales et des mails échangés par Anne, la Française qui habite à Prague et Lenka, la Tchèque qui réside en France alors qu’elles s’étaient rencontrées à l’aéroport de… Londres !

Anne s’est installée à Prague avec son mari américain (et admirateur de Vaclav Havel) qui souhaitait y ouvrir une librairie internationale, au coeur de l’Europe. Lenka a suivi des cours aux Beaux-Arts à Paris et son mari est français.

Le livre est un regard croisé sur la République Tchèque, un tout nouveau pays, et la France. Les deux femmes évoquent leur apprentissage de la langue de l’autre et s’interrogent sur leur relation à leur propre langue, à leur propre pays. Il est beaucoup question de la confusion que génère le fait de vivre dans un autre pays que le sien, de la notion de chez soi qui devient floue. Anne, dont les enfants sont nés en République Tchèque se demande s’ils sont plutôt pragois ou plutôt franco-américains. Lenka, qui souhaite écrire un livre, se demande quant à elle si elle saura le faire en tchèque !

Anne et Lenka se racontent leurs découvertes de la vie quotidienne à l’étranger. Des choses aussi anodines que la bise, la maîtrise de la vinaigrette (oui, oui !) ou la possibilité d’acheter des fruits ont surpris Lenka. Quant à Anne, elle a été choquée par la manière dont le vol est considéré en République Tchèque ou par le fait que les vendeuses pragoises fassent la gueule par principe.

Et puis les femmes évoquent les couleurs de « leurs » villes et notamment le gris que Lenka trouve joli dans la capitale française. Et elles parlent aussi de l’art de recevoir qui n’existe pas en République Tchèque parce qu’on se méfiait de tout le monde pendant la période communiste dont il reste quelque chose, même après la chute du régime.

J’ai aimé ce livre qui nous plonge dans un passé récent et tellement lointain à la fois, évolution géopolitique oblige. En fait, il m’a beaucoup plus plu sur le fond que sur la forme. En effet, bien que l’écriture soit simple j’ai mis des mois (oui, absolument…) à venir à bout de ces 240 pages… J’ai eu du mal à me plonger dans ces écrits courts et juxtaposés.

Mais du côté du fond, donc, rien à redire, le livre aborde des thèmes intéressants. Outre celui de la langue (maternelle ou pas), du sentiment d’appartenance et de la découverte d’une autre société que j’ai évoqués plus haut, il est aussi question au fil des pages de l’habitude qui érode l’imagination, du regard sur son environnement, du fond et de la forme ou encore du parisianisme.

Ma (petite) revue ciné de juillet

Il a fait (trop) chaud à Strasbourg en juillet. Pour échapper aux rayons du soleil j’ai passé quelques heures au ciné, sous la clim !

J’ai vu Grand Froid de Gérard Pautonnier. C’est un film assez inclassable et réjouissant malgré le sujet qu’il traite, à savoir la mort. D’ailleurs c’est une comédie ! C’est l’histoire de l’entreprise de pompes funèbres d’Edmond Zweck qui compte deux employés et qui est au bord de la faillite. Les deux employés, l’un rompu au métier (qui a peur de vieillir) et l’autre novice (qui déborde d’énergie et un peu naïf aussi) sont un jour amenés à conduire un défunt jusqu’à sa dernière demeure, faisant renaître l’espoir du patron. Mais cette mission va tourner au fiasco et laisser la place aux confidences entre les employés qui scellent en cette occasion une touchante relation père – fils. J’ai aimé ce film burlesque placé sous le signe de l’humour noir et de l’absurde. Le film est drôle et permet d’exorcise la peur qu’on peut avoir de la mort. J’ai trouvé ça très fort. Je me suis même surprise à rire, oui oui. Il faut dire que Bacri est impayable. Et certaines situations ne peuvent que prêter à sourire, voire à rire.

J’ai aussi vu Le Caire confidentiel de Tarik Saleh. La bande-annonce m’avait fait une bonne impression (ça n’est pas si courant pour être souligné) qui s’est confirmée à la visualisation du film. L’action démarre quelques jours avant les événements de la Place Tahrir en 2011. Nourredine, un policieur intègre mais pas trop enquête sur l’assassinat d’une jeune chanteuse dans un hôtel de luxe. Au fur et à mesure de ses investigations il découvre que des proches du pouvoir pourraient être mêlés à ce meurtre, faisant de lui une cible… Il côtoie les bas-fonds et la haute société et la corruption à tous les niveaux. Les ingrédients classiques du film noir sont bien présents : pouvoir, sexe, vie nocturne et violence. Ils plongent le spectateur dans les réalités sociales et politiques d’un pays qui va basculer dans la révolte et où chacun s’accommode de l’injustice et de l’absence plus ou moins assumée de la morale. Un très bon film que j’ai adoré et que je vous recommande.

Ma (toute petite) revue ciné de juin

L’affiche du mois de juin ne m’a pas beaucoup emballée mais j’ai quand même réussi à débusquer un film à mon goût !

J’ai vu Ce qui nous lie de Cédric Klapisch, un film qui nous emmène dans le vignoble bourguignon que Jean a quitté, ainsi que sa famille, 10 ans plus tôt, pour faire le tour du monde… et peut-être aussi fuir les siens. Jean revient à l’annonce du décès imminent de son père et retrouve sa soeur et son frère mais aussi son terroir et les vignes dont sa famille s’occupe au fil des saisons et des années. Vendre ou ne pas vendre le domaine, telle est la question à laquelle le trio qui n’a pas vraiment les moyens de payer les droits de succession doit répondre. Ce film aborde de nombreux thèmes tels que l’émancipation individuelle, la transmission et le poids de la famille à l’aune du temps qui passe. Le parallèle entre l’évolution de la famille et la maturation du vin donne à ce film un côté authentique qui m’a plu même si je n’ai pas complètement adhéré à son aspect documentaire qui enlève une part indéniable de poésie à l’ambiance générale.

Avez-vous vu ce film ? Ou un autre que vous me conseilleriez ?