La danse en mots et en amour

J’aime la danse et les danseurs. Alors j’ai sauté sur l’occasion d’aller à la rencontre de Marie-Claude Pietragalla quand j’ai eu vent de sa venue à Strasbourg, dans le cadre des Bibliothèques Idéales.

En toute logique c’est à la Cité de la Musique et de la Danse que j’ai eu le bonheur de découvrir le parcours et le travail de cette danseuse exceptionnelle qui était accompagnée par Julien Derouault, l’homme qui partage sa vie.

Pietra (c’est ainsi que tout le monde l’appelle) a commencé par évoquer ses débuts, lorsqu’elle était une enfant dont l’énergie avait besoin d’être canalisée et qui devait lutter contre sa timidité. Elle a expliqué comment sa mère l’a poussée sur la voie de la danse, comment elle a intégré l’Opéra de Paris à 9 ans, après une sélection qui a retenu 15 candidates sur 400 et alors qu’elle n’avait pas du tout les codes de cette institution. Et comment elle est passée pro à 16 ans à peine.

Et puis elle nous a raconté les rencontres importantes de sa vie, des rencontres avec des hommes, principalement.

Elle a évoqué Rudolf Noureev et Maurice Béjart qui ont, selon elle, remis les danseurs à la hauteur des danseuses. Noureev a bousculé la technique classique française, ainsi que le répertoire en créant un univers plus contemporain qu’auparavant. Pour lui, la danse était bien plus grande que les danseurs et c’est dans cet esprit que ce grand chorégraphe est parti à la conquête du monde. Béjart à quant à lui été un précurseur de la danse contemporaine.

Elle a également mentionné Roland Petit à qui elle a succédé à Marseille et Patrick Dupont, un danseur instinctif, qui l’a nommée danseuse étoile.

Pietra a fait ses premiers pas de chorégraphe à Marseille, où elle a rencontré Julien Derouault, sur un spectacle qui traitait… du couple ! Julien, non sans humour, a reconnu qu’il est resté dans la compagnie par curiosité pour ce que la nouvelle chorégraphe allait créer. Rapidement ils ont formé un couple à la ville comme à la scène, partageant à la fois la création et le poids de l’administration française ! Il apparaît au fil de la discussion que leur coup de foudre (et puis ensuite leur amour) a, de manière évidente, été enrichi par la danse.

Leur double regard sur la danse a abouti à la création de leur propre compagnie, Le Théâtre du Corps. Cette compagnie indépendante travaille sur l’humain, sur ce qui le constitue et sur ce qu’il vit et intègre les nouvelles technologies dans les spectacles (3D notamment).

Les deux chorégraphes ont parlé de l’exigence totale que requiert leur discipline, de la douleur permanente, cette compagne du quotidien mais dont ils ne font pas le sujet principal. La douleur fait, selon eux, partie de la conquête. Tout comme le rêve crée le réel. J’adore l’idée !

J’ai aimé l’approche de leur travail selon laquelle il faut contrer notre société qui ne parle plus des gens et des corps. Les deux chorégraphes travaillent pour remettre au centre de la vie les artistes et les ouvriers et pour que la société ne parle plus uniquement de culture et d’économie en oubliant les êtres humains qui les font exister.

Les extraits qui ont ponctué la rencontre, très impressionnants et très novateurs m’ont plongée dans un univers qui m’a absolument séduite et ma nouvelle envie est désormais de voir un spectacle créé par Le Théâtre du Corps.

La grâce face à l’horreur

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Quelques jours après les attentats du 13 novembre j’ai passé une douce soirée à l’Opéra National du Rhin, histoire de mettre un peu de grâce et de légèreté dans une ambiance générale tendue, voire anxiogène.

Le sacre du printemps de Stravinsky est une oeuvre qui avait été jugée sulfureuse lors de sa création en 1913. Cet aspect est presque exagérément mis en lumière par la chorégraphie de Stephan Thoss. Les corps des danseurs sont en effet particulièrement exposés et ce sur une musique qui va crescendo, répétitive et lancinante, rendant les tableaux quasi hypnotiques.

Les costumes extrêmement sobres et les décors en acier, froids, ajoutent une touche d’animalité (ou de brutalité ?) aux corps et aux gestes. Bref, l’effet sur le spectateur est fort, très fort !

J’ai beaucoup aimé les chorégraphies de groupe, un peu moins les passages en solo ou en duo. Sans vraiment savoir pourquoi. Mais globalement ce ballet a confirmé mon admiration pour les danseurs, ces artistes si humbles et à la maîtrise de leur corps si parfaite. Et qui méritent amplement les salves d’applaudissements auxquels ils ont eu droit.

Grâce et sensualité

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Je vais rarement à l’opéra et c’est bien dommage car à chaque fois que j’assiste à un spectacle c’est un vrai plaisir. Cette fois j’ai été attirée par le nom en haut de l’affiche, à savoir Benjamin Millepied, mais si vous savez, le danseur et chorégraphe qui a travaillé sur Black Swan et qui a rencontré sa femme, l’actrice Natalie Portman, à cette occasion. Bref.

Without est une suite de 15 morceaux alliant classicisme et modernité. Cinq couples qui se forment et se déforment se partagent la scène. La couleur des costumes relie l’homme et la femme jusqu’à la fin, quand une femme se retrouve seule, abandonnée. J’ai trouvé ce spectacle trop long, il ne m’a pas emballée. La mise en scène était peu intéressante et les costumes simplistes…

Gemini, le spectacle suivant, allie la danse à la prouesse athlétique. Les justaucorps des danseurs nous plongent dans l’univers de la gymnastique mais les codes de la danse sont bel et bien là, le travail de pointes étant tout à fait remarquable. J’ai été impressionnée par la fluidité et la légèreté des mouvements malgré les difficultés techniques évidentes. Les danseurs ont beaucoup transpiré, nous rappelant qu’ils sont de grands sportifs même si tous leurs efforts sont sublimés par la grâce et la maîtrise. J’ajoute que la mise en scène était super, agrémentée par de la vidéo graphique. J’adore !

Pour finir, Untouched nous emmène dans un univers étrange, presqu’animal. Les danseurs évoluent partiellement derrière un rideau, émettent des sons, claquent des mains. J’ai aimé cette mise en scène simple mais néanmoins originale ainsi que les costumes qui magnifient les mouvements des danseurs, révélant une immense volupté.

A l’issue de ces 2 heures de spectacle mis en scène par 3 chorégraphes différents (bonne idée !), les danseurs ont été très applaudis et ce n’est que justice car il nous ont procuré de belles émotions et nous ont littéralement ravis par leur talent et leur passion. Bravo à eux !