Ma (petite) revue ciné de juillet

Il a fait (trop) chaud à Strasbourg en juillet. Pour échapper aux rayons du soleil j’ai passé quelques heures au ciné, sous la clim !

J’ai vu Grand Froid de Gérard Pautonnier. C’est un film assez inclassable et réjouissant malgré le sujet qu’il traite, à savoir la mort. D’ailleurs c’est une comédie ! C’est l’histoire de l’entreprise de pompes funèbres d’Edmond Zweck qui compte deux employés et qui est au bord de la faillite. Les deux employés, l’un rompu au métier (qui a peur de vieillir) et l’autre novice (qui déborde d’énergie et un peu naïf aussi) sont un jour amenés à conduire un défunt jusqu’à sa dernière demeure, faisant renaître l’espoir du patron. Mais cette mission va tourner au fiasco et laisser la place aux confidences entre les employés qui scellent en cette occasion une touchante relation père – fils. J’ai aimé ce film burlesque placé sous le signe de l’humour noir et de l’absurde. Le film est drôle et permet d’exorcise la peur qu’on peut avoir de la mort. J’ai trouvé ça très fort. Je me suis même surprise à rire, oui oui. Il faut dire que Bacri est impayable. Et certaines situations ne peuvent que prêter à sourire, voire à rire.

J’ai aussi vu Le Caire confidentiel de Tarik Saleh. La bande-annonce m’avait fait une bonne impression (ça n’est pas si courant pour être souligné) qui s’est confirmée à la visualisation du film. L’action démarre quelques jours avant les événements de la Place Tahrir en 2011. Nourredine, un policieur intègre mais pas trop enquête sur l’assassinat d’une jeune chanteuse dans un hôtel de luxe. Au fur et à mesure de ses investigations il découvre que des proches du pouvoir pourraient être mêlés à ce meurtre, faisant de lui une cible… Il côtoie les bas-fonds et la haute société et la corruption à tous les niveaux. Les ingrédients classiques du film noir sont bien présents : pouvoir, sexe, vie nocturne et violence. Ils plongent le spectateur dans les réalités sociales et politiques d’un pays qui va basculer dans la révolte et où chacun s’accommode de l’injustice et de l’absence plus ou moins assumée de la morale. Un très bon film que j’ai adoré et que je vous recommande.

Le(s) deuil(s)

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Je suis en deuil. Certaines personnes de mon entourage le disent et ont l’air de savoir de quoi elles parlent, elles… Car moi j’ai beau avoir perdu deux êtres chers tout récemment je ne sais toujours pas précisément définir cet état ou cette période qui suit le décès de quelqu’un qu’on n’oubliera jamais.

Suite au décès de mon père je suis passée par plusieurs phases. Le déni tout d’abord, ou l’incompréhension (?). A l’annonce de sa mort je n’ai versé aucune larme, comme si mon cerveau ne pouvait pas intégrer cette nouvelle, comme si la vie allait continuer comme avant. J’ai très souvent pensé à quelque chose que j’allais raconter à Papa alors que de toute évidence il n’est plus là pour m’écouter, me conseiller, me contredire… Et puis quand j’allais rendre visite à ma mère j’allais toujours chez mes parents…

Ensuite est venue la phase de tristesse, celle où le manque est cruellement présent, celle où la réalité du vide laissé est palpable et quasi quotidienne. J’en suis à peu près là en ce moment. Les larmes qui coulent me surprennent parfois, souvent même. Je vois des signes qui me ramènent à mon père partout ou presque. Son image m’obsède. Autant l’image de l’homme sportif et en bonne santé, que celle du malade qu’il était devenu et du mourant à qui j’ai tenu la main presque jusqu’à son dernier souffle. Il m’arrive de ressentir le besoin de me rendre sur la tombe de mon père. Et ces visites me font du bien, elles m’apaisent. Jusqu’à récemment je ne comprenais pas que certains ne puissent pas faire leur deuil en l’absence d’un endroit où aller pour se recueillir, un endroit qui matérialise la mort mais aussi l’amour qui est toujours là, malgré tout. Eh bien maintenant je comprends… et je plains ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir faire cette démarche.

Je me demande quelle sera la prochaine étape. Non pas que je sois impatiente de passer par de nouvelles phases émotionnellement intenses (et plutôt difficiles, avouons-le) mais j’ai envie que cette tristesse qui m’accompagne de trop près s’éloigne un peu de moi, j’ai envie de moins pleurer, moins souvent.

Suite au décès de ma grand-mère survenu deux mois après celui de mon père (putain de série…), j’ai traversé la même phase de déni. D’ailleurs c’est là que j’en suis à ce jour… Cette fois je sais donc à quoi m’attendre pour la suite, ou pas d’ailleurs… La prochaine étape sera-t-elle à nouveau de la tristesse ? Ou vais-je directement passer à autre chose ?

Le fait est que faire face à deux décès en très peu de temps est une expérience particulière, remplie de sentiments et de sensations intenses. Les situations s’entrechoquent souvent, se superposent parfois. Et moi je me sens tantôt forte et tantôt faible, lasse ou émotive. J’essaie en tout cas de ne garder de cette période de ma vie que le positif (et c’est un vrai challenge à relever certains jours) et de mesurer la chance que j’ai eue de connaître ces deux magnifiques personnes qui ont chacune à sa manière contribué à ma construction, à mon bonheur et qui n’ont jamais, oh non, jamais baissé les bras malgré les épreuves de la vie, de l’Histoire, de leur(s) histoire(s). Je mesure l’importance de vivre pleinement chaque instant, comme elles l’ont fait, et je les en remercie.

Tout comme je remercie les gentils vivants qui m’accompagnent dans les moments durs. Les gentils vivants que j’appelle mes petites fées du quotidien qui ne se doutent pas un instant à quel point je me nourris de leur beauté intérieure, de leur force, de leurs gestes si simples et pourtant tellement révélateurs de leur humanité. Ils prolongent sans le savoir la ligne tracée par mon père et ma grand-mère, au travers d’un regard (un regard noir par exemple dont Papa avait le secret mais que mon amant maîtrise si bien lui aussi, et de mieux en mieux dernièrement…), d’un mot, d’une attitude, d’une façon d’aborder les choses.

En fait, je crois que c’est ça le deuil pour moi. C’est la vie qui continue, plus belle encore, à la fois pareille et tellement différente de la vie d’avant, forcément plus riche parce que plus vraie, plus sincère, plus profonde. Par respect pour les défunts, bien sûr, mais aussi par respect pour soi, cette bienveillance envers soi-même qu’on oublie trop souvent. Le deuil est en réalité une invitation à devenir meilleur, pour soi et pour les autres.

Cette nuit, la mer est noire de Florence Arthaud

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Le témoignage n’est pas un genre littéraire qui m’attire beaucoup. La mer ne me fait pas rêver. Bref, tout était réuni pour que la lecture de ce livre ne me passionne pas. Et pourtant je l’ai dévoré !

L’évocation de la nuit du 29 au 30 octobre 2011 au cours de laquelle le bateau de la navigatrice a chaviré au large du cap Corse est entrecoupée par les souvenirs personnels de Florence Arthaud. Le fil rouge du récit est la lutte de la femme tombée à l’eau.

J’ai découvert la jeunesse de Florence Arthaud, presque exclusivement faite d’amitiés masculines et l’éducation qu’elle a reçue, l’origine pied noir de sa mère, son admiration pour les marins en général et pour Eric Tabarly en particulier, son héros. L’amour tient une très grande place dans ce témoignage. L’amour de ses parents, l’amour pour sa fille, pour ses deux frères, pour les mers et les océans bien sûr, pour la liberté des femmes aussi. Pour la vie.

Florence Arthaud était une femme volontaire, courageuse et sauvage. Ses qualités lui ont permis de sortir vivante du chavirage de son bateau. L’effroi et le silence n’ont pas eu raison de sa combativité. Hors de l’univers marin elle avait survécu à un grave accident de la route.

Ce témoignage a beau être un hymne à la vie il y est également beaucoup question de mort… Et il prend une couleur particulière quand on sait dans quelles circonstances (stupides ?) est décédée Florence Arthaud. La navigatrice évoque les marins disparus, le suicide d’un de ses frères et bien sûr sa propre mort qui a rôdé en cette fameuse nuit du 29 au 30 octobre 2011.

J’ai aimé cette immersion dans un univers qui m’est inconnu ou presque. Le récit met en avant des valeurs humaines fortes et montre à quelle point cette amoureuse de la solitude avait aussi l’envie d’aider les femmes à oser réaliser leurs rêves. La lecture est facile, rapide et l’alternance de réflexions au long cours et d’autres menées en état de crise est très intéressante.

Ce que dit la 4è de couverture : « J’ai basculé en une fraction de seconde. Je suis dans l’eau. Il fait nuit noire. Je suis seule. Dans quelques instants, la mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau. Le samedi 29 octobre 2011, alors qu’elle naviguait seule à bord de son voilier, Florence Arthaud tombe à l’eau, au large du cap Corse. Isolée, en pleine nuit, sans gilet de sauvetage, la navigatrice va affronter la mort pendant de longues heures. Elle restera en vie grâce à une série de petits miracles : une lampe frontale, un téléphone portable étanche, du réseau et sa mère qui veillait en pleine nuit. »