Du raffinement, du ravissement

J’ai vu l’exposition Christian Dior, couturier du rêve en… septembre. Il était temps que j’en parle sur mon blog !

Une sélection de plus de 300 robes retrace les 70 ans de création de la maison Dior. Elle est accompagnée de photos de mode, de croquis, de lettres, de toiles et d’accessoires tels que sacs, bijoux, chapeaux, etc… qui témoignent du lien que Christian Dior a tissé entre la couture et les autres formes d’art.

Avant d’aller admirer toutes ces merveilles je ne connaissais pas bien l’univers du couturier (je suis plus branchée Jean-Paul Gaultier moi !) mais j’avais l’assurance d’écarquiller les yeux puisque c’est un ami qui m’avait conseillé cette expo et quand un mâle se lance dans ce genre de conseil on peut s’y fier !

On se rend compte au fil des modèles exposés que le jardin (Christian Dior était passionné par la botanique), l’art (Christian Dior a été galeriste avant d’être couturier), l’exotisme et la couleur ont été les sources d’inspiration les plus fortes du couturier. La féminité sublimée par les créations est toujours forte, engagée et élégante.

Et puis on mesure l’influence du fondateur de la maison sur la création de ses successeurs qui ont adopté les mêmes codes phares pour leurs modèles, et ce à toutes les époques, d’Yves Saint Laurent à John Galliano, en passant par de Gianfranco Ferré et bien d’autres encore.

J’ai aimé la mise en scène des modèles, assez classique par moment et plus moderne juste après. J’ai été impressionnée par la magnifique retranscription de la délicatesse des fleurs. J’ai aussi apprécié l’atelier de maroquinerie où officie une femme passionnée par son métier.

Cette exposition est un véritable concentré de savoir-faire, de féminité, d’élégance et de simplicité finalement. Elle prouve que la maîtrise d’un art se mesure à l’évidence que portent les réalisations et je dois dire que chez Dior chaque création s’impose d’elle-même, naturellement.

Jean-Paul Gaultier, l’expo

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Ca faisait 4 ans, oui, rien que ça, que j’attendais que cette exposition débarque en France. Après avoir enchanté les amateurs de mode de Montréal, Rotterdam, New York, Londres, Dallas, etc… c’est en 2015 que « De la rue aux étoiles » passe enfin par Paris, pour sa 10è étape et pour mon plus grand plaisir.

L’exposition est une véritable plongée dans l’univers du couturier né en banlieue et qui le revendique haut et fort en faisant de la culture populaire et des gens simples sa principale source d’inspiration.

Le visiteur est accueilli par Nana, le très célèbre ours en peluche qui a fait office de modèle à Jean-Paul Gaultier dès sa plus tendre enfance. Et puis sont exposés des documents personnels et des photos de l’enfant à l’école, avec sa grand-mère adorée, de Pierre Cardin, son premier employeur, de Francis Menuge, son compagnon et partenaire d’affaires des débuts.

L’exposition occupe 7 salles et s’articule autour des thèmes les plus emblématiques de la création de Jean-Paul Gaultier : le marin et son mythique pull rayé, la sirène, Paris, les muses, le corset, le tatouage, la différence.

Tout au long de sa déambulation parmi les 175 modèles exposés le visiteur prend la mesure du message du couturier qui offre une vision ouverte de la société, un monde de folie, de sensibilité, de drôlerie et d’impertinence où chacun peut s’affirmer comme il est. Jean-Paul Gaultier rêve d’un monde sans discrimination, sans races, sans hiérarchie touchant aux étiquettes ou aux préférences sexuelles.

Dans la salle Punk Cancan est reconstitué un défilé de mode (quelle idée géniale !), avec un podium sur lequel défilent 20 mannequins. Parmi les spectateurs de ce show on reconnait Amy Winehouse, Conchita Wurst, Tonie Marshall, Inès de la Fressange et bien d’autres habillés par le couturier. Les modèles de ce défilé sont commentés par Catherine Deneuve, une amie du couturier.

Autre idée de génie : les mannequins aux visages animés qui parlent de leur métier. J’ai adoré ces installations vidéo inédites et qui prouvent s’il en est besoin que Jean-Paul Gaultier a toujours au moins un temps d’avance.

L’exposition, comme tout défilé qui se respecte, se termine par la mariée, ou plutôt les mariées. J’ai été particulièrement impressionnés par celle à l’incroyable coiffe d’indien qui incarne plus une chef de clan qu’une femme romantique au sens premier du terme. J’adore ! 

J’ai toujours aimé le travail de Jean-Paul Gaultier qui prône une société multiculturelle et métissée, un travail qui bouscule avec humour les codes sociologiques et esthétiques établis (et un peu ennuyeux). Je trouve que cette exposition à la scénographie impeccable est un très bel hommage rendu aux 40 ans de passion et de création du couturier.

Si vous aussi vous avez envie de voyager dans cet univers joyeux et sérieux à la fois c’est au Grand Palais que ça se passe, et ce jusqu’au 3 août. Ne tardez pas trop !

Lettres à Yves de Pierre Bergé

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Il y a quelques années j’avais vu à la terrasse d’un café une femme très classe lire ce livre dont je n’ai jamais oublié le titre et dans lequel je m’étais promis de plonger un jour.

Ces lettres nous font entrer dans l’intimité d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, l’intimité des sentiments plus que l’intimité physique. Elles nous apprennent la rigueur et l’exigence qui animaient le couturier à qui Pierre Bergé vouait une admiration, un respect et un amour sans limite.

On découvre un Yves Saint Laurent qui n’a trouvé le salut que dans la création, qui s’est considéré comme un mort-vivant les 25 dernières années de sa vie et dont le quotidien était pétri de désespoir. Pierre Bergé fait le portrait d’un jeune homme intelligent, enfantin, brillant puis d’un homme fermé, triste, râleur et sans désirs, rongé par l’alcool et la drogue, cherchant à se protéger de la vie et des autres.

Et puis on découvre un Pierre Bergé hyper protecteur qui a infantilisé Yves Saint Laurent au point de le rendre dépendant de lui, au point de lui cacher le mal dont il souffrait, avec la complicité des médecins. Cette dépendance était finalement réciproque puisque Pierre Bergé n’a jamais pu quitter le couturier et ce malgré des infidélités, une tentative de meurtre et de nombreuses divergences liées à leur éducation.

Pierre Bergé a écrit la première lettre avant que les cendres d’Yves Saint Laurent aillent à Marrakech, là où ils ont été le plus heureux, afin de poursuivre le dialogue malgré la mort.

J’ai aimé la langue soignée, la mise en évidence de tout ce qui opposait Yves Saint Laurent et Pierre Bergé mais aussi ce qu’ils avaient en commun, la jalousie et le goût pour l’art et les maisons principalement.

Les portraits brossés au fil de ces lettres sont sans concessions, ne cherchent pas à dissimuler la part d’ombre de ces deux hommes et je dirais même qu’ils rendent d’autant plus éclatants les talents de l’un et de l’autre. Au fil de ma lecture j’ai tout simplement eu envie de remercier ce couple de nous avoir rendus sensibles au monde, d’avoir fait passer la couture du domaine esthétique au territoire social, en créant le prêt-à-porter et en faisant bénéficier les femmes du vestiaire masculin, leur conférant ainsi plus de confiance en elles et finalement plus de pouvoir. Quel talent !

Ce que dit la 4è de couverture : « Au fond, ces lettres n’avaient qu’un but : faire un bilan, celui de notre vie. Dire à ceux qui les liront qui tu étais, qui nous étions ». Pierre Bergé a partagé la vie d’Yves Saint Laurent pendant cinquante ans. En adressant au grand couturier ces lettres par-delà la mort, il ressuscite les jours de gloire et d’insouciance, ceux aussi, entre poignard et poison, marqués par la drogue et la dépression. C’est un dernier adieu, au milieu des oeuvres d’art longtemps collectionnées, un hommage à une vie de passions, de combats et de rencontres. »