Le(s) deuil(s)

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Je suis en deuil. Certaines personnes de mon entourage le disent et ont l’air de savoir de quoi elles parlent, elles… Car moi j’ai beau avoir perdu deux êtres chers tout récemment je ne sais toujours pas précisément définir cet état ou cette période qui suit le décès de quelqu’un qu’on n’oubliera jamais.

Suite au décès de mon père je suis passée par plusieurs phases. Le déni tout d’abord, ou l’incompréhension (?). A l’annonce de sa mort je n’ai versé aucune larme, comme si mon cerveau ne pouvait pas intégrer cette nouvelle, comme si la vie allait continuer comme avant. J’ai très souvent pensé à quelque chose que j’allais raconter à Papa alors que de toute évidence il n’est plus là pour m’écouter, me conseiller, me contredire… Et puis quand j’allais rendre visite à ma mère j’allais toujours chez mes parents…

Ensuite est venue la phase de tristesse, celle où le manque est cruellement présent, celle où la réalité du vide laissé est palpable et quasi quotidienne. J’en suis à peu près là en ce moment. Les larmes qui coulent me surprennent parfois, souvent même. Je vois des signes qui me ramènent à mon père partout ou presque. Son image m’obsède. Autant l’image de l’homme sportif et en bonne santé, que celle du malade qu’il était devenu et du mourant à qui j’ai tenu la main presque jusqu’à son dernier souffle. Il m’arrive de ressentir le besoin de me rendre sur la tombe de mon père. Et ces visites me font du bien, elles m’apaisent. Jusqu’à récemment je ne comprenais pas que certains ne puissent pas faire leur deuil en l’absence d’un endroit où aller pour se recueillir, un endroit qui matérialise la mort mais aussi l’amour qui est toujours là, malgré tout. Eh bien maintenant je comprends… et je plains ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir faire cette démarche.

Je me demande quelle sera la prochaine étape. Non pas que je sois impatiente de passer par de nouvelles phases émotionnellement intenses (et plutôt difficiles, avouons-le) mais j’ai envie que cette tristesse qui m’accompagne de trop près s’éloigne un peu de moi, j’ai envie de moins pleurer, moins souvent.

Suite au décès de ma grand-mère survenu deux mois après celui de mon père (putain de série…), j’ai traversé la même phase de déni. D’ailleurs c’est là que j’en suis à ce jour… Cette fois je sais donc à quoi m’attendre pour la suite, ou pas d’ailleurs… La prochaine étape sera-t-elle à nouveau de la tristesse ? Ou vais-je directement passer à autre chose ?

Le fait est que faire face à deux décès en très peu de temps est une expérience particulière, remplie de sentiments et de sensations intenses. Les situations s’entrechoquent souvent, se superposent parfois. Et moi je me sens tantôt forte et tantôt faible, lasse ou émotive. J’essaie en tout cas de ne garder de cette période de ma vie que le positif (et c’est un vrai challenge à relever certains jours) et de mesurer la chance que j’ai eue de connaître ces deux magnifiques personnes qui ont chacune à sa manière contribué à ma construction, à mon bonheur et qui n’ont jamais, oh non, jamais baissé les bras malgré les épreuves de la vie, de l’Histoire, de leur(s) histoire(s). Je mesure l’importance de vivre pleinement chaque instant, comme elles l’ont fait, et je les en remercie.

Tout comme je remercie les gentils vivants qui m’accompagnent dans les moments durs. Les gentils vivants que j’appelle mes petites fées du quotidien qui ne se doutent pas un instant à quel point je me nourris de leur beauté intérieure, de leur force, de leurs gestes si simples et pourtant tellement révélateurs de leur humanité. Ils prolongent sans le savoir la ligne tracée par mon père et ma grand-mère, au travers d’un regard (un regard noir par exemple dont Papa avait le secret mais que mon amant maîtrise si bien lui aussi, et de mieux en mieux dernièrement…), d’un mot, d’une attitude, d’une façon d’aborder les choses.

En fait, je crois que c’est ça le deuil pour moi. C’est la vie qui continue, plus belle encore, à la fois pareille et tellement différente de la vie d’avant, forcément plus riche parce que plus vraie, plus sincère, plus profonde. Par respect pour les défunts, bien sûr, mais aussi par respect pour soi, cette bienveillance envers soi-même qu’on oublie trop souvent. Le deuil est en réalité une invitation à devenir meilleur, pour soi et pour les autres.

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